La Guadeloupe savoure sa victoire

Publié le par jack palmer

Outre-mer . Le LKP a signé, mercredi, le document sur lequel sont reportées les revendications des grévistes. La fin d’un mouvement qui a paralysé la Guadeloupe pendant plus de six semaines ?

« Comba la ka continié pas ke ni an lo chantié ki ouvè ! » Telle est la phrase de suspension de la grève pour Jean-Pierre Hugues, technicien sanitaire à la direction de la santé et du développement social (DSDS), après l’accord de sortie de crise signé en Guadeloupe après quarante-quatre jours de grève générale paralysante. C’est dans la nuit de mercredi à jeudi que le porte-parole du Liyannaj kont pwofitasyon (LKP), Élie Domota, a signé l’accord de fin de conflit appelant « à la reprise de l’activité normale. »

À cette annonce, « une exclamation de joie » a jailli au port autonome de Pointe-à-Pitre où avaient lieu les négociations. « La foule présente a montré sa joie après les terribles instants vécus », selon Jean-Pierre Hugues. Le texte de cet accord, extrêmement détaillé, compte 165 articles : prix bloqué de la baguette, embauche d’enseignants, octroi de billets d’avion à prix réduits, tarifs bancaires revus à la baisse, essence moins chère, etc. Il récapitule les avancées obtenues sur les 146 revendications initiales du LKP en faveur du pouvoir d’achat. En annexe, il y a aussi l’accord « Jacques Bino » prévoyant une augmentation de 200 euros des bas salaires. Cette annexe, du nom du syndicaliste abattu dans la cité Henri-IV et dont le meurtre n’a, jusqu’à présent, pas encore été clairement prouvé même si la police détient, selon elle, un homme qui aurait avoué avoir tiré sur le syndicaliste en croyant tirer sur une voiture de la police, n’est pas, elle aussi, des plus carrées. En effet cette augmentation des bas salaires n’a jusqu’à aujourd’hui pas été signée par le MEDEF ainsi que par six autres syndicats de patrons. Mais devant la détermination affichée depuis les débuts de la grève, le gouvernement a tout intérêt à étendre l’application de l’accord Bino, comme la loi le permet, à toutes les entreprises. Que le MEDEF, ou la CGPME le veuille ou non. Élie Domota a déjà demandé à l’État de régler ce point.

« La Gwadloup cé tan nou, la Gwadloup cé pa ta yo… » Depuis le 4 février, date à laquelle le LKP avait remis au secrétaire d’État, Yves Jego, l’épais cahier sur lequel était répertoriée la plupart des revendications sur la vie chère que le collectif avait répertorié, combien de fois, jusqu’à aujourd’hui, a-t-on entendu cette chanson symbole résonner sur l’île d’émeraude ? Face aux « soldats-la-loi », qui, dès le premier jour où furent érigées les barricades en Guadeloupe, ont chargé, piétiné des femmes, blessé le jeune Alex Lollia, étoile montante du syndicalisme guadeloupéen ? Pas besoin de le dire. Car il est sûr qu’aujourd’hui, rien n’empêchera plus les Guadeloupéens de l’entonner pour montrer leur désaccord face à des situations injustes qu’ils ont appris, avec le LKP, à combattre. Et ce n’est pas le secrétaire d’État à l’Outre-mer, Yves Jégo, qui s’est réjoui de cette « sortie de crise », ni le préfet Nicolas Desforges, - appelant la Guadeloupe à « mettre les bouchées doubles » pour se remettre de la crise, qui pourra changer ce que la population guadeloupéenne a intégré lors de cette longue grève générale. Ce que le leader du LKP a demandé aux Guadeloupéens, à savoir « qu’ils peuvent être fiers d’eux », a été compris. Le contentement populaire à l’annonce de « fin de grève » ne laisse pas place aux doute.

Mais le LKP n’entend pas pour autant baisser les bras. Aussitôt l’accord signé, Élie Domota a appelé ses troupes « à rester mobilisées et à continuer à se battre » pour étendre « dans toutes les entreprises de Guadeloupe » les hausses de salaire.

À Pointe-à-Pitre comme dans d’autres lieux, « il y a encore des actions sporadiques », note Jean Pierre Hugues. « Notamment à Carrefour, où le personnel a jugé bon de se mobiliser puisqu’il se sont rendus compte que l’accord sur les 200 euros allait leur échapper. Ils continuent donc de se battre. Et d’autres entreprises, dans la grande distribution, font de même », fait savoir ce gréviste qui a, dès le premier jour, soutenu ce combat d’usure contre l’État et les patrons. Pour Fred Sablons du PCG et membre du LKP, « Il ne faut pas s’y tromper : la grève n’est que suspendue. » Selon lui, « des camarades du LKP font le tour des entreprises pour apporter leur soutien aux salariés qui peuvent rencontrer des problèmes. Mais aussi pour montrer que le LKP est toujours là, et que s’il le fallait, la grève pourrait reprendre n’importe quand. »

Les négociations continuent, d’ailleurs, de se poursuivre sur différents points de la plate-forme de revendications. Sur la liste de produits de première nécessité, sur le prix du pain et autres. Samedi aura lieu une grande manifestation à Pointe-à-Pitre et, le soir, des artistes se produiront pour donner à cette grève historique ses véritables accents de victoire.

Fernand Nouvet

Publié dans Plan de relance du PCF

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