Et si ma Ville passait au commerce équitable?

Publié le par jack palmer


  • Des collectivités utilisent la commande publique pour imposer l'utilisation de produits favorisant les producteurs du Sud.

Une ferme bio dans les environs de Pékin (David Gray/Reuters).

Depuis quelques années, le commerce équitable connaît un essor sans précédent, permettant d'aider les petits producteurs et travailleurs des pays du Sud à vivre plus dignement de leur travail (même si, pour beaucoup, ce n'est pas encore la panacée!).

Ainsi, le chiffre d’affaires mondial du marché du commerce équitable a atteint 2,4 milliards d'euros en 2007, soit une hausse de 48% par rapport à 2001. Une donnée à relativiser puisque cela équivaut à… moins de 0,1% du chiffre d'affaires du commerce mondial!

Différents facteurs expliquent ce phénomène. Parmi eux, le fait que le café ou la banane labellisés sont essentiellement des produits de consommation domestique. Un des moyens pour doper les échanges équitables est donc d'intégrer ces produits à des marchés réclamant des volumes importants.

En France, l'achat public représente 15% du PIB. D'où l'idée qu'ont eu certaines collectivités d'utiliser la commande publique pour imposer l'utilisation des produits frappés du label en forme de ying-yang vert et bleu.

L'idée

"Le café, le thé ou les jus du service du protocole sont équitables. Nous intégrons également ce genre de produits dans la restauration scolaire", explique Guylaine Gouzou-Testud, adjointe au maire de Lyon chargée de l'économie sociale et solidaire et du développement durable.

Pionnière, la capitale des Gaules est entrée dans la démarche en 2005. Même volonté à Tours, qui a lancé des appels d'offres intégrant des produits du commerce équitable pour un montant de 30 000 € en 2008, contre 12 500 € en 2007 et 800 € en 2006.

Un dernier exemple, à l'échelle régionale: les tee-shirts à l'effigie du conseil régional Pays de la Loire sont désormais confectionné avec du coton bio et équitable. Un budget annuel moyen de 30 000 €.

Comment la mettre en pratique?

Expliquer et convaincre

Tout le monde ne voit pas en effet le commerce équitable d'un très bon œil. Selon Florence Fresnaud, chargée de mission développement durable à la communauté d'agglomération Tours Plus:

"Tours est la capitale d'une région très portée sur le bio, le slow-food et qui accueille l'Institut européen d'histoire et des cultures de l'alimentation (IEHCA). Il a donc fallu rassurer nos producteurs locaux, qui voyaient le commerce équitable comme un nouveau concurrent."

D'où la présence, dans toutes les réceptions de la mairie, d'un jus d'orange équitable et d'un jus de pommes de Touraine.

Plus largement, le sujet est encore loin de faire l'unanimité: comment être sûr que des bonnes conditions de travail sont garanties, que le producteur touche un salaire juste? Pourquoi Alter Eco, Lobodis, Malongo ou Ethiquable travaillent-ils avec la grande distribution? Et pourquoi Minga ou Artisans du Monde le refusent-ils? Max Havelaar est-il un label fiable? etc.

Des débats qui exigent des collectivités qu'elles sensibilisent tous les acteurs de leur territoire, directeurs et agents des services de la ville compris.

Veiller à la traçabilité des produits

Principal point d'achoppement de ces débats: le prix des produits équitables, généralement plus élevé que celui des produits "classiques". Cela ne se vérifie pas systématiquement: certaines dosettes de café sont même moins chères!

Un surcoût acceptable… à condition de le justifier. Or, c'est là que, parfois, le bât blesse: "Il n'est pas toujours aisé de savoir à quoi a servi ce surcoût: à la construction d'une école? d'un puits? d'un dispensaire? Il faut veiller à avoir une vraie traçabilité, qui fait souvent défaut", déplore Florent Solier, directeur de la commande publique à la mairie de Nantes. Un appel à la prudence salutaire, pour ne pas perdre de vue la "valeur sociale ajoutée" du commerce équitable.

Communiquer auprès des fournisseurs

Rares sont les fournisseurs capables de répondre parfaitement à un appel d'offres intégrant des produits du commerce équitable. D'où la nécessité de les informer en amont, pour qu'ils aient le temps de s'adapter.

"Nous avons ainsi choisi de communiquer largement sur l'intégration de produits équitables dans les cahiers des charges des appels d'offres, explique Fabienne Renaud, conseillère déléguée à l'économie sociale et solidaire et à la création d'entreprises. Aux fournisseurs de s'organiser en conséquence."

Un système qui permet en outre d'inciter les fournisseurs habituels à intégrer des produits équitables pour se conformer à cette nouvelle exigence, plutôt que de les abandonner du jour au lendemain pour s'adresser à des acteurs spécialisés. Le commerce équitable sort ainsi de son costume d'"alternatif" pour pénétrer les marchés "classiques".

Organiser

Là où les Pays de la Loire ont choisi de structurer la demande, la ville de Lyon travaille à organiser les filières. Parce que, comme ailleurs, la plupart des entreprises désireuses de répondre aux appels d'offres sont souvent obligées de courir tous les supermarchés pour trouver le café, le sucre ou les bananes équitables exigées par le cahier des charges.

"C'est pourquoi nous encourageons les acteurs du commerce équitable à se regrouper pour répondre ensemble aux appels d'offres", raconte Guylaine Gouzou-Testud. L'adjointe au maire annonce par exemple la création, avec l'appui de la mairie, d'une centrale d'achats équitables, où l'on pourra acheter des gros volumes de produits labellisés. Histoire d'en finir avec les petits packagings et de disposer de grands sacs de 20 kg de sucre ou de chocolat si besoin.

S'adapter

L'intégration de produits équitables implique en effet que les fournisseurs puissent s'adapter facilement. Ce qui n'est pas toujours le cas, comme le déplore Florent Solier. Pour lui, ce n'est pas tant l'offre qui pose problème, mais son adaptabilité aux besoins du marché:

"Le riz équitable n'est pas compatible avec les méthodes de cuisson industrielle que nous utilisons pour servir 11 000 repas par jour sur la ville; et les jus d'orange sont toujours vendus en bouteilles de verre, que nous n'avons pas le droit d'utiliser dans les écoles."

Des décalages avec la réalité, qui petit à petit se résolvent: récemment, du jus d'orange a été "packagé" en briques.

Le "tout équitable" n'est donc pas pour demain, mais les collectivités s'y mettent petit à petit. C'est l'enjeu de la démarche Territoires de commerce équitables, pilotée par Max Havelaar France:

"Nous travaillons actuellement avec seize collectivités pilotes, révèle Joaquin Munoz, directeur général de Max Havelaar France. L'idée de cette campagne est d'inciter les villes, les départements ou les régions à s'engager pour le commerce équitable, notamment via l'achat public."

En sachant que, si les collectivités s'engagent, l'effet "boule de neige" est garanti: les entreprises et les autres acteurs locaux suivront. Un recueil d'initiatives portées par des collectivités est d'ailleurs en cours de rédaction. Il sera fin prêt pour la Quinzaine du commerce équitable, du 9 au 24 mai 2009.

Par Amaury Guillem | Reporters d'espoir | 02/03/2009 | 10H33


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Photo: Une ferme bio dans les environs de Pékin (David Gray/Reuters).

Publié dans Boissy

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