Les Antilles plus remontées que jamais

Publié le par jack palmer


OUTRE-MER .
Le ministre Yves Jégo sous la surveillance de deux médiateurs tente de désamorcer le conflit sans rien proposer en échange. Paris redoute la contagion. « Hier encore deux cents gendarmes sont arrivés. On doit être certainement le département français où il y a le plus de gendarmes au mètre carré. Mais on est un peu habitués. » Élie Domota de l’UGTG doit sourire au spectre de la répression en disant cela. Aujourd’hui comme hier, c’est la même histoire : les gendarmes et autres « soldat la loi » arrivent en masse comme à chaque mouvement de contestation, à chaque sursaut de la vie démocratique, pas très prisés, d’ailleurs, des patrons békés et des officiels du gouvernement. Depuis son retour sur le sol guadeloupéen, le ministre Yves Jégo, flanqué de deux médiateurs, est reparti sur sa lancée : désamorcer le mouvement de ras-le-bol des Guadeloupéens et des Martiniquais avant que l’idée ne vienne à d’autres. Notamment en métropole. Alors il mouille sa chemise. Jeudi, au 24e jour de grève, accompagné des deux médiateurs, Jean Bessière et Serge Lopez, le ministre avait au programme des discussions séparées avec le patronat et une délégation de six dirigeants du comité LKP, avant de tenter de mettre sur pied une réunion bipartite rassemblant patronat et LKP. Beaucoup de mouvement et de paroles du ministre. Mais les Guadeloupéens gardent encore l’image de son départ précipité alors que les discussions allaient bon train. Et même si, comme cela a été dit, Yves Jego a été rappelé auprès du premier ministre François Fillon pour « recadrage », les manifestants se réservent. D’autant plus qu’à son retour le ministre s’est protégé derrière la décision gouvernementale de ne pas « se substituer aux patrons ». Et la principale question, sur la valorisation de 200 euros net pour les bas salaires est laissée en suspens. Ou au bon vouloir des patrons, békés principalement. Aucun signe annonciateur de fin de grève Aucun signe donc, à l’horizon pour annoncer une fin prochaine de la grève. Pour Fred Sablon du Parti communiste guadeloupéen (PCG), « il se passe quelque chose d’exceptionnel avec cette grève et avec le collectif. Des gens qui ne se parlaient pas se sont mis à se parler. Par-ci, par-là, on s’échange une tranche d’igname. On se passe une gousse d’ail. On a retrouvé la Guadeloupe que l’on connaissait il y a quelques années, dit-il. Les gens sont fiers de ce qu’ils font ». Pour le militant communiste, « le moral de grévistes et de la population se renforce un peu plus chaque jour ». Sur le front des discussions, le LKP conteste l’existence des « 131 points d’accord » annoncés par le secrétaire d’État à l’Outre-Mer. Selon le collectif, la plupart de ces points d’accord « n’ont jamais été négociés. Des raisons suffisantes pour durcir encore plus la mobilisation. L’entrée en grève des personnels du ravitaillement pétrolier, à l’aéroport international de Pointe-à-Pitre, en est un bel exemple même si la préfecture, pour assurer le service en kérosène des avions, a aussitôt procédé à la réquisition d’une partie d’entre eux. Dans la banlieue de Pointe-à-Pitre, le collectif a rencontré des « petits patrons » (qui ne se reconnaissent pas à travers le MEDEF et qui ne sont pas véritablement représentés dans les négociations). « Presque à l’unanimité, ces petits patrons se disent prêts à donner les 200 euros demandés par le LKP pour revaloriser les bas salaires », explique Fred Sablon du PCG. Seulement, ces petits patrons « attirent l’attention du gouvernement sur le fait qu’eux aussi doivent avoir leur part dans ce que décidera l’État ». La Guadeloupe est plus que jamais paralysée. Images d’écoles fermées, de stations-service et de grandes surfaces bouclées. Même le port, qui en temps normal déborde d’animation, est fermé. À la pénurie de carburants s’est ajoutée, cette semaine, une pénurie de gaz butane. À l’exception de quelques commerces de proximité aux étalages dégarnis, les familles se rabattent sur les produits agricoles locaux qu’elles peuvent se procurer par leurs réseaux de solidarité. Un hypermarché Carrefour, qui avait tenté mercredi d’ouvrir aux Abymes, sous protection policière, a été fermé par des manifestants. Arrivé dans la nuit de mercredi à Fort-de-France, Yves Jégo s’est lancé à l’assaut de l’île aux cris de : « De l’écoute, de l’écoute, de l’écoute ». Il a ensuite rencontré, à la préfecture de Fort-de-France, le Collectif du 5 février, qui regroupe les treize syndicats porteurs des revendications « contre la vie chère et pour l’emploi ». Le ministre devait rallier par la suite Paris pour une communication en Conseil des ministres aujourd’hui. Notons en Martinique une polémique après la diffusion d’un reportage de Canal Plus, dans lequel un riche entrepreneur béké (descendants d’esclavagistes blancs), Alain Huygues-Despointes, expliquait « vouloir préserver sa race ». Du coup, le préfet de Martinique, Ange Mancini, qui préside les négociations sur la grève, a annoncé vouloir quitter son logement appartenant à la famille Huygues-Despointes. Fernand Nouvet

Publié dans Plan de relance du PCF

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