Le cas Bernard K au fil des médias et de l’humanitaire

Publié le par jack palmer

Brûlot .

Le livre de Pierre Péan, consacré à Bernard Kouchner, met en lumière l’amour du pouvoir, de l’argent et des médias.

On ne parle plus que de ce livre. Hier, les quotidiens Libération et le Figaro l’ont placé en une. Il s’agit de l’affaire Kouchner, où plus exactement du livre du journaliste Pierre Péan, intitulé le Monde selon K. Un brûlot qui dévoile la face cachée d’un des hommes politiques les plus appréciés des Français, si l’on en croit les sondages régulièrement publiés par le Journal du dimanche.

Télévisions et radios s’en sont fait l’écho depuis plusieurs jours. Pour résumer : Pierre Péan, auteur de nombreuses enquêtes touchant au(x) pouvoir(s), vient de sortir un ouvrage d’autant plus controversé qu’il vise directement celui qui est l’actuel ministre des Affaires étrangères. Une figure à la personnalité certaine, dont l’engagement n’est pas remis en cause. Ce sont plutôt les fondements de cet engagement que notre confrère Péan discute. Remontant aux sources mêmes de l’intrusion de K. dans la vie publique, il démonte non pas une supercherie mais plutôt le moteur de cet incroyable « succès » qui verra un petit étudiant en médecine gravir les échelons du pouvoir, jusqu’à devenir le ministre qu’il est actuellement, certainement le poste le plus prestigieux de sa carrière.

Péan remonte loin. Revient sur les années de jeunesse de celui qui aime se faire appeler le « French doctor », n’est pas dénué de courage mais, à y regarder de près, surfe sur les souffrances humaines, pour les besoins de sa propre cause. Du Biafra à la Somalie, de la seringue au sac de riz, le bon docteur semble n’exister qu’au travers de l’image. Il ne s’en cache pas, se fabrique une modernité, mais surtout n’oublie jamais son vieux précepte de l’importance du « tapage médiatique », comme le souligne Péan. Ce dernier s’attache à démonter l’attitude de Bernard Kouchner au gré des conflits. Ou plutôt de certains conflits : la Bosnie, la Somalie, le Kosovo et, bien sûr, le Rwanda.

Apparaît, au fil des pages, une espèce de Docteur Folamour, aussi amoureux de lui-même que des causes qu’il semble embrasser. Transparaissent également son amour du pouvoir (Martine Aubry, premier secrétaire du PS qui le connaît bien, l’a dit) et celui de l’argent. Si l’on en croit Pierre Péan, Bernard Kouchner a su faire jouer ses relations et son entregent pour gagner quelque argent au rythme de contrats avec des pays africains, notamment le Gabon (il s’agirait de plus de 200 000 euros, déclarés), dont la particularité est justement de faire partie de ce que l’on appelle la Françafrique, même si Péan feint de croire que les liens n’existent plus entre Paris et un certain nombre de ces pays.

Le plus troublant n’est peut-être pas dans ce que la grande presse a voulu percevoir. Et pour cause. Quand Bernard Kouchner parle de « tapage médiatique », il indique qu’il a évidemment besoin des médias. Complaisants, cela s’entend. Et l’on suit, au fil des pages, des journalistes de cette presse dite « neutre » et « objective » accompagner le bon docteur Kouchner. Une fois dans les Balkans en ayant soin d’emmener quelqu’un de Libération, avec un compte rendu au Monde à la clé. Une autre fois c’est un reporter du Figaro qui va relater les pérégrinations du docteur ministre MSF MdM (on ne sait plus tant il utilise les étiquettes sans en parler aux principaux responsables), récit qui se conclura par de profondes pensées sur les plateaux de télévision (service public ou privé, le traitement est aussi bon).

Aujourd’hui à la tête du Quai d’Orsay, Bernard Kouchner sort ses ergots et s’étonne des attaques. Son épouse, Christine Ockrent, à la tête de ce qu’il est convenu d’appeler l’audiovisuel extérieur, qui regroupe RFI, France 24 et TV5, sera-t-elle en état de faire taire le « tapage médiatique » généré par le livre de Péan ? Dans le Figaro, Kouchner répond par avance, à propos de son épouse : « Je comprends que l’on puisse avoir une certaine jalousie à l’égard des journalistes de talent… » À l’Humanité, on enrage.

Pierre Barbancey

Publié dans On se parle

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