Jeudi 29 janvier, un jour à marquer d'une pierre blanche

Publié le par jack palmer


Photo Patrice Leclerc/phototheque.org
La mobilisation s’annonce exceptionnelle pour la journée d’action de jeudi, avec l’appel des syndicats à refuser de payer la crise. Jeudi, la France va faire face à la crise avec de l’inquiétude peut-être, avec de la colère sans doute, mais surtout avec des idées.

Ouh la la que c’est dur de ramer à contre-courant. Le ministre du Budget, Éric Woerth, embarqué hier matin sur la matinale de France Inter devenue une galère, en a fait l’expérience. Comment expliquer en effet à une opinion majoritairement acquise à la journée de grève et de manifestations de demain jeudi, à l’appel de l’ensemble des syndicats signataires d’un appel commun, ce qui est un fait majeur, qu’ils font fausse route. « Je trouve, a-t-il dit, qu’il y a aujourd’hui d’autres moyens pour se faire entendre que de descendre dans la rue un peu traditionnellement, comme on le fait depuis trente ou quarante ans en France, avec les mêmes banderoles et des slogans d’ordre général. »

La belle affaire que l’opinion faussement naïve et affectant le bon sens d’Éric Woerth qui trouve que… En fait, le ministre a un peu tout essayé, sans convaincre. La tempête dans le sud-ouest pour détourner assez cyniquement le vent qui se lève. L’appel à la solidarité des Français dans l’action contre la crise, assorti d’un méprisant : « Qu’ils se bougent », qui lui aura sans doute échappé. Il a enfin sorti l’argument massue que l’on attendait. « La crise ». La crise à laquelle la grève ne serait pas adaptée.

Mais c’est bien là le problème auquel le gouvernement est confronté. Hier, un nouveau sondage, de l’institut BVA, indiquait, comme les précédents sondages de CSA et de l’IFOP dimanche, que plus des deux tiers des Français étaient favorables à cette journée de lutte. Et parmi eux, selon BVA, ce qui n’est tout de même pas banal, 54 % des sympathisants de droite. C’est une donnée entièrement nouvelle. Car non seulement les Français n’ignorent pas la crise mais ils pensent, dans leur masse, que ce n’est pas à eux d’en faire les frais et de la payer. Et une bonne part d’entre eux sans doute, ce que traduit à sa manière la déclaration commune des syndicats, pensent qu’il y a d’autres solutions que l’argent versé dans les tonneaux des danaïdes des banques et le versement de dividendes aux assoiffés du profit sans risques.

Ce ne sont pas des slogans éculés que l’on entendra demain dans des centaines de villes. Mais l’écho de propositions fortes et cohérentes, pour l’emploi, le pouvoir d’achat, la réduction des inégalités, la relance de l’économie par la consommation, le logement social, des investissements. Demain, la France va faire face à la crise avec de l’inquiétude peut-être, avec de la colère sans doute, mais surtout avec des idées. Oui, des idées, de celles qui deviennent « une force matérielle quand elles s’emparent des masses ». Et oui, la France se bouge, mais pas comme le voudrait le ministre « qui trouve que »…

Nicolas Sarkozy, qui craint désormais un mouvement social d’ampleur, trouve sans doute, lui, qu’il n’est pas très opportun de heurter le mouvement de front. Mardi à Châteauroux, lors d’un déplacement improvisé, après avoir jugé la situation suffisamment grave pour annuler une tournée africaine programmée auparavant, il a annoncé des mesures en trompe-l’œil pour l’emploi, et il s’est voulu ferme et serein, jugeant « normal » et « sain » que des gens protestent, qu’il y ait des débats, tout en affirmant une fois de plus qu’il avait été élu pour trouver des solutions.

Soit. Alors, où sont-elles, ces solutions ? C’est justement parce qu’ils ne les voient pas que les Français sont en train d’en inventer d’autres. Avec leurs syndicats. Avec la gauche, comme en témoigne la déclaration signée par dix formations, dont le PCF, le Parti de gauche et le NPA. Mais de ces solutions-là, le chef de l’État ne veut pas, car elles vont à l’encontre des intérêts qu’il protège et sert, et du système capitaliste qu’il défend bec et ongles. Ce système pour lequel, il l’a redit aussi hier, il entend poursuivre ses « réformes ». Pendant ce temps, l’UMP s’inquiète « de l’abus » du droit de grève.

Danger.

Maurice Ulrich


Publié dans Société Politique

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