« On organise la ruine du service public »

Publié le par jack palmer


Le romancier, essayiste et réalisateur a reçu jeudi soir un hommage du Fipa. Pour Rue89, le coauteur de "La Voix de son maître", de "Corpus Christi", et signataire de "La Vie sociale" revient sur les transformations des rapports entre patrons et salariés ces trente dernières années, et sur la réforme du service public audiovisuel, qui pourrait devenir une "Pravda télévisée".

En 1978, Gérard Mordillat signait avec Nicolas Philibert "La Voix de son maître", documentaire qui questionnait des patrons pour savoir comment ils voyaient le lien social. Le premier long métrage de ce prolo de Belleville, devenu ouvrier imprimeur avant de se lancer dans la réalisation et l'écriture, est remarqué. Par la suite, Mordillat deviendra chef du service Livres de Libération, et signera plusieurs films, romans ou scénarios remarqués dont, avec Jérôme Prieur, la fameuse série "Corpus Christi" sur les origines du christianisme.

Trente ans après "La Voix de son maître", son coauteur revient sur l'évolution des rapports patron-salarié. L'objet de ce film était de montrer "une quinzaine des plus grands chefs d'entreprises françaises faire la théorie du monde, c'est-à-dire expliquer ce qu'était pour eux le capital, la responsabilité patronale, l'organisation hiérarchique, la relation avec les syndicats, la gestion des grèves, etc.":

"C'était tout à fait dans la ligne de ce que Foucault dit dans sa leçon inaugurale au Collège de France, c'est-à-dire l'ordre du discours: comment le discours est, par excellence, le lieu où se dit le pouvoir."

Pour Gérard Mordillat, un élément de ce discours est frappant: entre le tournage et la projection du film, on était passé du terme de "directeur du personnel" à celui de "directeur des ressources humaines". Ce glissement du "personnel" à la "ressource" est lourd de sens: (Voir la vidéo)



A l'époque, ce film n'a pas plu au pouvoir giscardien. Ou, en tous cas, à son bras audiovisuel, incarné par les dirigeants d'Antenne 2. Ils ont censuré "La Voix de son maître".

Son film censuré sous Giscard, et sous Mitterrand aussi

A l'élection de Mitterrand, en 81, Mordillat et Philibert s'imaginent que leur film va enfin passer à la télé. A tort, puisque "une éminence socialiste [leur] a expliqué que c'était pas le moment de se brouiller avec les patrons". (Voir la vidéo)



"Sarkozy devrait nommer les présentateurs du JT"

Trente ans plus tard, Nicolas Sarkozy rétablit un contrôle politique direct sur la nomination des dirigeants de l'audiovisuel public. Gérard Mordillat ironise:

"[Sarkozy] devrait aller plus loin, il devrait nommer les présentateurs du journal télévisé et, comme à l'époque d'Alain Peyrefitte, indiquer ce que l'on doit montrer."

Pour lui, la suppression de la publicité, si elle paraît séduisante au premier abord, risque d'aboutir au final à couper les vivres du service public. "Extrêmement inquiet", il n'exclut pas l'avènement d'une "Pravda télévisée". (Voir la vidéo)



Photo: Gérard Mordillat au Fipa, à Biarritz, le 22 janvier 2009 (Pierre Bachelot/Fipa).

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