« Halte au pilotage des groupes par les actionnaires ! »

Publié le par jack palmer

Pour Daniel Paul, député PCF de Seine-Maritime, la puissance publique et les salariés doivent pouvoir discuter les choix des constructeurs.


Entretien.

Le PDG de Renault affirme que la « survie » des constructeurs est en jeu et prévoit la suppression de 150 000 à 200 000 emplois en Europe dans l’automobile. La crise est-elle aussi grave, selon vous ?

Daniel Paul. La crise est grave. Carlos Ghosn et le vice-président de la Commission européenne ont évoqué des surcapacités importantes. En même temps, il est clair qu’une partie des décideurs dans l’automobile veut faire passer un certain nombre de choses au compte de la crise, de la mutation. J’ai entendu parler de remise en cause des 35 heures, de suppression de cotisations patronales et de la taxe professionnelle (TP)… Comme si le fait de payer 250 euros de TP sur un véhicule de 20 000 euros changeait quoi que ce soit à la volonté d’achat ! À l’évidence, il y a cette volonté de charger la bête pour tirer les choses vers le bas…

Le gouvernement envisage d’apporter 5 à 6 milliards d’euros d’aides aux constructeurs. Y êtes-vous favorable ?

Daniel Paul. Je ne nie pas la nécessité d’aider un secteur confronté à des mutations fortes, liées aux problèmes d’environnement, de choix de véhicules, de carburant. Mais comment se fait-il que, dans un secteur aussi développé, organisé, ces questions n’aient pas été mises sur la table déjà depuis plusieurs années ? Et à partir du moment où la puissance publique - de la commune jusqu’à Bruxelles en passant par les départements, les régions, l’État - intervient, comment ne pas demander que le contrôle le plus strict se fasse sur l’utilisation de cet argent ? Pour cela, il faut donner aux salariés des droits d’intervention. Il faut aussi une présence de l’État dans le capital des entreprises considérées. Les députés communistes ont fait la proposition non pas de nationaliser Renault ou PSA, mais de mettre la barre de la participation de l’État à un niveau (la minorité de blocage, soit 33,33 % - NDLR) qui lui permette de dire non à un certain nombre de choses.

Le gouvernement dit vouloir demander aux constructeurs des « contreparties » aux aides annoncées, notamment le maintien des sites de production en France… Cela va-t-il dans le bon sens ?

Daniel Paul. Si on nous annonce que l’État veut monter au capital au-delà des 33,33 %, je dis « chiche ! » À condition qu’il joue ensuite son rôle, pas seulement d’actionnaire mais de puissance publique imprimant une politique industrielle. Quant au refus des délocalisations, c’est encore heureux ! Les délocalisations des fabrications qui marchent le mieux aujourd’hui ont déjà été faites, comme celles de la Twingo et de la Clio, qui ont été décidées avec l’objectif de profiter des coûts plus bas dans un certain nombre de pays.

Faudrait-il demander le rapatriement de ces productions ?

Daniel Paul. Ça s’étudie. On nous dit que l’offre de production en France est supérieure à la demande. En réalité, le marché a seulement baissé de 0,7 % en France en 2008. Mais ce qui a été acheté par les consommateurs, ce sont essentiellement des voitures produites à l’extérieur et, pour une grande partie, des véhicules qui étaient produits autrefois en France. Il s’agit donc de faire en sorte que nos fabrications automobiles, et toute la filière qui va avec, se positionnent sur le marché pour répondre aux demandes des consommateurs.

En attendant, les annonces se multiplient de plans sociaux, de mises au chômage partiel… Quelles mesures préconisez-vous ?

Daniel Paul. On ne peut certes pas, du jour au lendemain, faire revenir des productions. Mais nous pourrions, par exemple, utiliser ce temps de chômage technique pour faire de la formation, de la formation réelle, pour améliorer les qualifications de façon à augmenter la qualité des productions. Parallèlement, il faut arrêter les remises en question de droits acquis.

Il s’agit que les décisions à prendre, dans tous les domaines, soient partagées, et donc que l’on donne aux syndicats, aux élus locaux, à la puissance publique, un pouvoir de discussion des décisions. Sinon, c’est un recul industriel, social, énorme qui serait à l’ordre du jour. Il faut en finir avec le pilotage de l’industrie par les actionnaires.

L’idée de remettre en cause la distribution de dividendes fait son chemin…

Daniel Paul. Heureusement. Nous avons proposé qu’il y ait au moins une année off. Les salariés de l’automobile souffrent depuis plusieurs mois. La moindre des décences serait qu’il n’y ait pas de bonus pour les dirigeants, pas de distribution de dividendes, et que légralité des moyens éventuellement dégagés en 2008 soit consacrée à la compensation des pertes de salaires subies par les salariés, ainsi qu’à la recherche et au développement.

Entretien réalisé par Yves Housson

Publié dans Plan de relance du PCF

Commenter cet article

TAILLE-CRAYON 22/01/2009 17:57

C'est effectivement une trés bonne idéee vu la conjoncture actuelLORENT

jack palmer 22/01/2009 21:05


Donner de l'argent aux entreprises sans que les actionnaires ne se gavent, ça c'est une bonne idée ...