Sarkozy au Proche-orient : face à l’impuissance qu’il a lui même légitimée

Publié le par jack palmer

Le président français se rend dans la région aujourd’hui. Il cherche « les chemins de la paix », balisés par les tanks israéliens. 

Analyse.

Jérusalem, envoyé spécial.


Equipés de lunettes de vision nocturne et le visage couvert de peintures de camouflage, les soldats israéliens sont entrés samedi soir dans la bande de Gaza alors que l’aviation, en action depuis déjà une semaine, poursuivait ses raids meurtriers. C’est la plus vaste opération lancée en quarante ans sur la bande de Gaza.

Dans une intervention télévisée, le ministre de la Défense, Ehud Barak, a expliqué : « Ce ne sera pas facile. Je ne veux induire personne en erreur ». Un porte-parole de la branche armée du Hamas, les brigades Al Kassam, a prévenu que les soldats israéliens risquaient la mort ou la capture. « L’ennemi sioniste doit savoir qu’il va perdre la bataille de Gaza », a mis en garde Abou Oubaida. Pendant ce temps, à l’Onu, on assiste à un remake de l’été 2006 (guerre d’Israël contre le Liban). Le conseil de sécurité, présidé actuellement par la France, convoqué en urgence samedi soir, s’est de nouveau séparé sans avoir adopté la moindre résolution, laissant ainsi les mains libres à Israël.

Habituellement roi de la communication, Nicolas Sarkozy est très discret ces derniers jours. L’offensive terrestre déclenchée samedi soir par Israël n’est d’ailleurs rien d’autre qu’un camouflet pour lui. Son entrevue avec la ministre des Affaires étrangères israélienne, Tzipi Livni, jeudi, n’a servi à rien. Tel Aviv continue de se moquer de la communauté internationale.

Certes, la France condamne l’entrée des troupes israéliennes dans la bande de Gaza qui « complique les efforts engagés par la communauté internationale » mais se sent obligée de dénoncer dans le même temps « la poursuite des tirs de roquettes ». Et les chars israéliens avancent d’autant plus qu’au Conseil de sécurité de l’Onu ils profitent du bouclier américain et du peu de courage des membres permanents. Etrangement, dans l’entourage du chef de l’Etat, on fait savoir que l’entrée de troupes israéliennes dans Gaza « ne change rien au programme » du président.

Que va faire Sarkozy ? Il poursuit ce que l’Elysée appelle « des consultations » mais le plan qu’il entend mettre en œuvre n’est vraiment pas clair. Il y a bien sûr sa propension à vouloir jouer un rôle international. Mais le fait qu’il ne représente plus l’Europe depuis le 1er janvier l’oblige à quelques contorsions. D’ailleurs, son déplacement a lieu parallèlement à une autre mission diplomatique européenne, dirigée par le ministre tchèque des Affaires étrangères dont le pays préside l’UE depuis le 1er janvier. C’est que Sarkozy, qui a défini la place de la France dans le cadre de la stratégie américaine (renforcement des troupes en Afghanistan, rapprochement avec Israël…) sert souvent de petit télégraphiste là où Washington rechigne toujours à se rendre.

Dans ce domaine, il pourrait être supplanté par la République tchèque qui ne voit dans l’opération terrestre israélienne qu’une « action défensive et non offensive » ! Preuve cependant que les fortes mobilisations des opinions publiques européennes sont importantes et nécessaires, plusieurs chancelleries se sont démarquées de cette position, forçant Prague à un peu plus de modération dans un second communiqué.

Officiellement, Nicolas Sarkozy veut défendre la « trêve humanitaire » avancée par les ministres européens. Paris souhaite que ce cessez-le-feu « permette ensuite de s’inscrire dans la durée et que les populations civiles de Gaza aient accès aux biens de première nécessité », selon les précisions données par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Problème : un tel cessez-le-feu a d’ores et déjà été rejeté par Israël qui considère que « la situation humanitaire dans la Bande de Gaza est exactement comme elle doit être » (voir nos informations page 4).

Dans sa recherche des « chemins de la paix », Nicolas Sarkozy entend s’appuyer sur l’Egypte, première étape de sa tournée, et son homologue Hosni Moubarak, avec qui il co-préside l’Union pour la Méditerranée (UPM). Si cette dernière n’a a priori pas pour mission d’être partie prenante es-qualité dans la recherche de la paix, elle a en revanche l’avantage pour le président français de lui donner un cadre d’intervention.

Nicolas Sarkozy rencontrera aussi le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Ramallah en Cisjordanie et le Premier ministre israélien Ehoud Olmert à Jérusalem. Mardi, il verra son homologue syrien Bachar el-Assad en Syrie avant de se rendre à Beyrouth où il rencontrera notamment le président libanais Michel Sleimane et le Premier ministre Fouad Siniora. Dans l’après-midi, il présentera ses vœux aux militaires français depuis un camp militaire au Liban, comme c’était prévu de longue date, avant que ce déplacement ne se transforme en tournée diplomatique.

Preuve des difficultés de l’opération élyséenne, le premier ministre François Fillon, souvent absent de la scène internationale, a cru bon de prévenir : « C’est une mission très difficile que va remplir le président. Il faut lui laisser le soin d’écouter tout le monde. »

Si cette mission est difficile c’est d’abord parce que Paris soutient Tel Aviv sans réserve et ne sait rien refuser aux « amis israéliens ». Preuve en est de l’incroyable déclaration israélienne qui a balayé d’un revers de main la proposition française, appuyée par l’UE, d’un cessez-le-feu humanitaire. La France et l’UE refusent toute mesure coercitive à l’encontre d’Israël, pas de suspension des accords d’échanges et encore moins de sanction. Au contraire, la politique de l’UE se traduit par un rehaussement des relations avec Israël. Dans ces conditions, la marge de manœuvre n’est pas seulement étroite. Elle est pratiquement inexistante.

Pour qu’un véritable cessez-le-feu puisse voir le jour, il faut un engagement des deux parties. Plus de tirs de roquettes de la part des organisations palestiniennes, certainement, mais surtout, arrêt total des incursions et des bombardements israéliens accompagnés d’une levée du blocus. Sans cela, il n’y a rien à espérer. Les tirs de roquettes ne sont que la conséquence de l’étranglement d’un territoire et de la poursuite de l’occupation.

Tant que cela se poursuit, aucun Palestinien ne s’élèvera contre ce qui n’est qu’un réflexe de survie même si en termes politiques cela n’amène rien. Si l’UE veut réellement résoudre politiquement (et pas seulement de manière humanitaire) le problème, elle ne peut esquiver cette question. Elle doit faire preuve de courage en inscrivant par exemple sur l’agenda de l’Onu l’envoi de casques bleus. Pourquoi ce qui est possible au Liban Sud ne le serait pas en Israël ? Sans cela il s’agira au mieux d’une agitation diplomatique, au pire d’un blanc seing donné à Tel Aviv pour poursuivre sa besogne sanglante.

Pierre Barbancey
Dans l’Humanité du lundi 5 janvier 2009

Publié dans Palestine

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