Derrière les rivalités, une crise politique

Publié le par jack palmer

Parti socialiste . Quelle que soit l’issue de cet affrontement, l’obsession de gagner pousse la moitié des adhérents à se mouler dans le présidentialisme et à bloquer les débats sur l’alternative.

La crise est là. Mais quelle crise ? La plupart des médias la jouent façon guerre des ego. Pourtant, la génèse du scénario catastrophe des dernières heures est bien antérieure à la consultation des militants et au congrès lui-même. Derrière le reflet médiatique et des analyses au ras des pâquerettes, une autre lecture est possible. Le PS est sans doute entré dans des zones de turbulences de longue durée et la sortie du tunnel n’est pas pour demain.

les échecs de la social-démocratie

(1983)

Reste qu’un débat politique a bel et bien lieu en son sein, sous plusieurs contraintes. Celles portant sur la nature de la crise financière, économique et sociale. Celles engendrées par la série de défaites de la gauche dans les scrutins nationaux. Celles des échecs de la social-démocratie dans la plupart des pays européens. Celles aiguisées par les convictions autant que la posture de l’ex-candidate à l’Élysée Ségolène Royal. Le paradoxe est que le PS offre l’image d’un parti parmi les plus divisés, alors que c’est celui qui a le plus, dans la dernière période, en raison de son histoire et des spécificités de la gauche dans notre pays, mené un débat de fond. Sans ce débat, qui peut dire que Ségolène Royal n’aurait pas obtenu un score soviétique ?

Le rôle de l’État, les régulations économiques et leurs limites, les services publics ont été au coeur des principaux textes des contributions, puis des motions. Dimensions stratégiques : l’alliance avec une partie de la droite et la nature du parti. Avec une obsession : la meilleure configuration possible pour une victoire en 2012. Le second tour, vendredi dernier, du vote des militants avec la progression de Ségolène Royal quand la seule arithmétique ne semblait pas entrevoir une telle marge, témoigne que l’aspiration au changement a transcendé les sensibilités en présence au premier tour.

la Vie république absente des débats

Tout s’est passé comme si une courte majorité refusait de se calquer sur l’évolution de la société en faveur d’une bipolarisation et d’une présidentialisation du régime politique quand une part tout aussi grande est prête à sacrifier ses valeurs pour assurer une victoire, quel que soit le prix à payer. La proximité des élections américaines, avec l’étalage médiatique des moeurs politiques dans ce pays (le clivage lénifiant et réducteur démocrates-conservateurs) débouchant in fine sur l’élection de Barack Obama, n’a pas été sans effet. En particulier sur des militants davantage en prise avec l’impatience de la société et moins que d’autres avec la réflexion politique. Ils ont vu dans la transformation de leur parti en organisation de supporters au service de Ségolène Royal le meilleur outil pour en finir avec la droite de Nicolas Sarkozy et les souffrances que sa politique fait endurer aux couches populaires comme aux couches moyennes.

l’opinion publique privilégiée

Bizarrement, on aura peu entendu dans le débat socialiste les parangons d’une VIe République à l’instar d’Arnaud Montebourg. Or les propositions de Ségolène Royal s’inscrivent bien dans la présidentialisation de la vie politique française. Avec à la clé le rôle du Parlement, et celui d’un premier ministre. Avec aussi le laminage du pluralisme, des idées ou des partis minoritaires. Pour gagner, il faudrait se couler dans le moule.

Or, ce moule avec Nicolas Sarkozy, mais - antérieurement, avec le quinquennat puis l’inversion du calendrier électoral privilégiant la présidentielle suivie des législatives, voulue par Lionel Jospin et une partie de la droite, n’a-t-il pas d’ores et déjà modifié en profondeur les consciences et les réflexes politiques ? Il n’est pas anodin de constater que la première intervention de Martine Aubry après le vote s’est déroulée à l’Assemblée nationale, quand Ségolène Royal a privilégié l’opinion publique et un passage au journal de 20 heures. La question des alliances, comme celle sur l’éventualité d’une fédération de la gauche - à laquelle adhèrent toutes les sensibilités du PS - ne laissant que des partis contestataires en dehors du processus pseudo-unificateur, confondant unité et union, n’éloignent pas de celle sur la présidentialisation du PS : l’objectif est encore celui de gagner coûte que coûte avec une aspiration à l’unité derrière un candidat providentiel. L’extrême gauche n’est pas épargnée avec Olivier Besancenot et le NPA. La bataille sur la réforme des institutions en France recoupe celle sur la nature, le rôle et la fonction des partis politiques. Elle interpelle aujourd’hui le PS. Elle doit préoccuper toute la gauche.

Dominique Bègles

Publié dans La gauche

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