Climat instable.

Publié le par jack palmer

 

A toutes celles et ceux qui espèrent et travaillent à l’émergence d’une réelle alternative à la politique de la droite, le spectacle du congrès socialiste vient plus que jamais d’imposer cette urgence : reconstruire du neuf à gauche. Certes, diront certains, le congrès du PS n’est pas terminé. Les militants vont à nouveau voter. Mais ce vote, désormais réduit au choix d’un ou d’une personnalité dirigeante, en dit long. Cette conclusion, toute présidentielle, aux débats du Parti socialiste est en soi une défaite symbolique du débat politique, en tout cas du débat politique tel que justement on devrait le concevoir à gauche. L’élection du (ou de la) premier(e) secrétaire pèsera au final plus lourd que le vote des motions destiné à choisir entre les projets politiques. C’est exactement ce que souhaite Ségolène Royal, qui cherche à se faire plébisciter plutôt qu’à faire adopter un projet, et donne pour cela au vote des militants socialistes qui aura lieu jeudi prochain le sens d’un changement d’époque.

Ce qu’elle présente du sceau de la modernité serait en fait le basculement explicite du PS vers un fonctionnement « à l’américaine ». Un parti d’alternance, entièrement tourné vers la désignation de son candidat à la présidentielle, lui donnant dès lors tout pouvoir, voué à sa campagne, acceptant de le voir décliner et amender seul projet et alliances pourvu que ceux-ci apportent la victoire.

Mais le congrès de Reims ne jette pas seulement une lumière plus crue sur la stratégie Royal. Il met également à nu les faiblesses et les failles idéologiques de son opposition. Alors qu’à l’évidence le coeur de la majorité des militants socialistes continue de pencher à gauche, rendant si sensible la question des alliances avec laquelle Ségolène Royal a tout fait pour louvoyer, il ne s’est donc pas trouvé à Reims de quoi faire une synthèse majoritaire répondant à ces attentes. C’est donc bien que les lézardes sont plus profondes et les frontières idéologiques, les repères militants devenus plus mouvants. La conversion au libéralisme laisse des traces dans plus d’une motion et Ségolène Royal sait opportunément les emprunter ou s’en démarquer pour afficher sa différence, jouant pour sa part sur une forte demande de renouveau. Le flou est pour elle un atout. À ne pas vouloir le dissiper en avançant un projet clairement novateur à gauche, ses adversaires se privent de moyens de la combattre. L’issue du vote des militants socialistes paraît dans ces conditions encore bien incertaine.

Une chose, elle, est certaine. Face à la crise, à ses dégâts sociaux, et alors même que le sommet du G20 qui devait soi-disant révolutionner le capitalisme prend le chemin d’un très timide aménagement, les femmes et les hommes de gauche, l’ensemble des salariés de notre pays ne peuvent pas attendre. Les forces et les idées existent pour reconstruire des alternatives aux politiques de la droite et de la haute finance. La riposte à la crise crée des opportunités de luttes, de rassemblements, de constructions politiques nouvelles. Les appels à la mobilisation sociale connaissent à nouveau un pic pour les semaines à venir. Et le débat politique s’intensifie lui aussi. Ignorées des médias, des centaines de réunions publiques se tiennent en ce moment sur les enjeux de la crise à l’initiative du PCF. Elles connaissent une affluence significative partout où elles se tiennent, et les militants témoignent d’un climat de réflexion comparable à celui des premières réunions consacrées au traité européen à l’automne 2004. La construction d’un large front de gauche aux élections européennes, dont le PCF et le nouveau parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et de Marc Dolez pourraient constituer l’ossature, semble également prendre corps, rouvrant une perspective de rassemblement sur des objectifs de gauche dénués de toute ambiguïté.

En vérité, le climat politique est plus instable que jamais. À gauche, le ciel est lourd, et à Reims, il s’est assombri. Mais les éclaircies sont là qui peuvent elles aussi à tout moment percer les nuages.

éditorial de l’Humanité du 17 novembre 2008

Par Pierre Laurent

Publié dans On se parle

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