TRAVAILLER 65, VOIRE 78 HEURES ? : l’Europe du “métro-boulot-boulot”

Publié le par jack palmer

Il ne s’en est pas vanté. Sarkozy a signé à Bruxelles un abandon d’une incroyable gravité en admettant tous les débordements possibles du temps de travail.

Avec lui, l’Europe ne va pas de l’avant ; elle enclenche la marche arrière sociale. Sarkozy s’avère non plus simplement conservateur mais réactionnaire. Désor­mais, si vous n’avez pas les moyens de dire non à votre employeur, si les huis­siers ou les ASSEDIC vous pressent, vous pourrez être obligé de travailler 654 heures et même 78 par semaine du moment que vous aurez “ bénéficié ” de 11 heures consécutives de non-travail par 24 heures. Ce n’est plus métro-boulot-dodo, le dernier terme disparaît dans cette furie ultralibérale. Margaret Thatcher le réclamait, Tony Blair le demandait, Chirac le refusait, Sarkozy l’a signé, trahissant au passage les pays comme l’Espagne, la Belgique ou Chypre qui refusaient cette régression sociale au côté de la France. Quel numéro d’hypocrisie que les recti­fications cauteleuses de Xavier Bertrand, après les sorties de Patrick Devedjian !

Au moins le secrétaire général de l’UMP disait-il tout haut ce que son maître our­dissait tout bas. La brutalité de cette mesure, qui nous replonge vers les ténè­bres sociales du XIXe siècle, dessine à traits précis le projet de civilisation qui sous-tend toute l’action du pouvoir. Alors que la présidence de Bush se ter­mine dans la débandade, que les ravages infligés à la planète réclament que les biens communs de l’humanité soient sanctuarisés, que les famines reviennent en cortège à la suite des spéculations les plus débridées sur les matières premières vitales, la droite française persiste et signe en faveur d’un capitalisme débar­rassé de tous les garde-fous sociaux. Voilà ce que Sarkozy entendait quand il proclamait vouloir “ liquider l’héritage de 68 ”.

Il nous promet la même histoire sans fin, des actionnaires libres de tout imposer au monde au gré de leurs inté­rêts, libres de leurs mouvements, dispo­sant des salariés comme de pions dans leur Monopoly géant, brûlant au fil de leurs profits les ressources de la planète. Bienvenue dans le meilleur des mondes ! Entrez dans la présidence française de l’Union européenne !

La mobilisation syndicale prévue pour le 17 juin acquiert de la sorte une nouvelle dimension. Il s’agit, bien entendu, de contrer l’opération de déréglementation – bien française celle-là – qui supprime­rait la référence aux 35 heures. Ce com­bat pour maintenir la durée du travail – approuvé par huit Français sur dix, selon un sondage des Échos – rejoint les pré­occupations de tous les salariés euro­péens. La fiction d’un coq gaulois tous ergots dehors pour défendre un mode de vie passéiste fait désormais long feu. Le paysage social et demain politique, il faut l’espérer, oppose les salariés euro­péens aux multinationales et à ceux qui mettent l’État à leur service.

Ce tableau dessine aussi un horizon pour les progressistes de notre continent. Rien à voir avec les exercices de surplace où l’un se rallie au libéralisme, où l’autre rêve de Tony Blair tandis que le dernier gère avec zèle l’ordre financier mondial. La brutalité du capitalisme requiert des transformations profondes de la société et le rassemblement le plus large pour y parvenir, salariés communistes, militants socialistes, altermondialistes, syndicalis­tes, progressistes, écologistes… Une idée neuve de l’Europe, une idée neuve pour l’Europe.

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