Irlande : 53,4% "en notre non"

Publié le par jack palmer

Les Irlandais ont nettement rejeté le traité européen de Lisbonne, avec 53,4% de non contre 46,6% de oui, expression d’une volonté populaire européenne. Le taux de participation s’établit à 53,13%, selon les chiffres officiels annoncés vendredi soir par le gouvernement.


Les résultats définitifs sont tombés. L’Irlande a majoritairement rejeté le traité de Lisbonne. Trente-trois circonscriptions sur un total de 43 se sont prononcées pour le non.

Dans plusieurs circonscriptions de Dublin, le "non" atteint 60% des voix. La dégradation de la situation économique et le rejet d’une Europe libérale ont marqué la campagne référendaire.

Les premières tendances du décompte du référendum en Irlande sur le traité européen de Lisbonne avaient d’ailleurs donné le "non" en tête. Avec notamment un vote de contestation plus marqué dans les zones urbaines les plus populaires et dans les régions rurales.

Un peu plus de trois millions d’électeurs ont voté pour cet unique référendum tenu sur le traité de Lisbonne dans un pays européen. Les 26 autres Etats-membres de l’Union européenne (UE) ont opté pour une ratification parlementaire, ce que 18 capitales ont déjà fait.

Après le 29 mai 2005…

Ce rejet du traité par les Irlandais n’est pas sans rappeler le "non" opposé à la Constitution européenne en 2005 par la France et les Pays-Bas, ainsi par les Irlandais en 2001 contre le traité de Nice.

Il avait alors fallu organiser un deuxième vote sur l’île pour faire adopter le texte. Mais il n’y aura pas de second référendum cette fois-ci, a assuré le gouvernement.

Le traité doit être adopté dans l’ensemble des 27 pays de l’UE pour entrer en vigueur.

Le couple franco-allemand a appelé vendredi à la poursuite de la ratification du traité de Lisbonne, mais le non irlandais déstabilise la présidence française de l’UE, remisant au second plan les projets que Nicolas Sarkozy voulait lancer en juillet.

Dans une déclaration conjointe, Paris et Berlin ont "regretté" la victoire du non en Irlande, tout en soulignant que la ratification du traité était "déjà achevée dans 18 pays".

"Nous espérons donc que les autres Etats membres poursuivront le processus de ratification", ont précisé les deux pays.

Le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet s’est dit "effondré" par le non irlandais, avant de retirer ce mot et de juger que "l’Europe n’est ni en panne ni en crise".

"C’est un incident", a-t-il affirmé.

…et avant la présidence française de l’UE

Tentant de faire front, l’Elysée assurait que "les quatre priorités définies par le président Nicolas Sarkozy pour la présidence française portent sur le fond et peuvent être atteintes dans le cadre du traité de Nice, malgré la victoire du non irlandais".

Mais pour Hugo Brady, du "Centre for european reform" de Londres, la présidence française se trouve d’ores et déjà "plongée dans la confusion la plus totale".

"Le sommet européen du 19 juin, encore sous présidence slovène, va s’ouvrir dans une atmosphère de crise", prévient-il.

Avant le non irlandais, M. Sarkozy avait promis de consacrer sa présidence à plusieurs chantiers phares : défense, énergie et réchauffement climatique, Union pour la Méditerranée ou pacte pour l’immigration.

Il devait aussi préparer les premières réformes institutionnelles du traité de Lisbonne, comme les nominations du "président de l’UE" et du nouveau Haut représentant des Affaires étrangères, qui ne sont désormais plus à l’ordre du jour.

Le "Traité de Lisbonne est fini"

les réactions de chefs d’États et de gouvernements se sont multipliées à l’annonce des résultats.

Le président tchèque Vaclav Klaus a estimé que le Traité de Lisbonne était "fini" qu’il n’était "plus possible de poursuivre sa ratification" après le "non" irlandais.

"Le projet de traité de Lisbonne a pris fin aujourd’hui avec la décision des électeurs irlandais et il n’est plus possible de poursuivre sa ratification", a-t-il dit dans un communiqué.

Le ’non’ des Irlandais est "une victoire de la liberté et de la raison, sur les projets élitistes artificiels et la bureaucratie euroéenne", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre slovène Janez Jansa, dont le pays préside l’UE, a estimé que le traité de Lisbonne était "nécessaire pour rendre l’Europe plus efficace, plus démocratique et transparente", malgré son rejet en Irlande, tout en disant vouloir "respecter la volonté des électeurs irlandais".

Le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini a estimé vendredi que le "non" irlandais au référendum sur le Traité de Lisbonne portait "un coup grave à la construction européenne" mais que celle-ci ne devait pas s’arrêter.

La France et l’Allemagne "regrettent" la victoire du non lors du référendum en Irlande et "espèrent" la poursuite du processus de ratification du traité de Lisbonne, selon une déclaration conjointe publiée vendredi par l’Elysée.

Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a estimé lui que le traité de Lisbonne ne pourrait pas entrer en vigueur au 1er janvier 2009 comme initialement prévu, à la suite du rejet du texte en Irlande.

Fidèle à sa non prise en compte de la volonté démocratique, le président de la commission européenne manuel Barrosos estime lui que les ratifications doivent se poursuivre.


 

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Actus humanite.fr 13-06-2008


ILS NE VEULENT PAS RESPECTER LE NON IRLANDAIS
Complot contre la démocratie
Les mêmes qui, ces dernières semaines, ont glosé sur le concept de “ libéralisme en politique ” ne supportent pas le vote du peuple irlandais contre le traité de Lisbonne. Ils ont ressorti les tombereaux de dédain, d’injures, de mépris et d’insultes à l’égard des Irlandais comme ils l’avaient fait, il y a trois ans, à l’encontre des NON français et néerlandais à la constitution européenne. On avait déjà pu mesurer la force de leur amour pour la démocratie lorsqu’ils avaient refusé aux autres peuples européens de se prononcer sur le traité de Lisbonne par référendum.
Cela marque un cuisant échec pour Sarkozy qui, voulant jouer les mata¬mores, avait travaillé à bidouiller la défunte constitution européenne tout en refusant toute consultation populaire. Il est aujourd’hui affaibli au moment où il doit prendre la présidence de l’Union européenne. Il ne suffit pas de répéter avec mépris que l’Irlande est un petit peuple qui ne compte pas et que, par conséquent, on ne peut stopper les processus de ratification à cause de lui. S’il n’a pas été organisé de référendum ailleurs, c’est précisément parce que les gouvernements avaient peur des résultats.
Le vote irlandais n’est donc que le révélateur du rejet de cette Europe libérale en crise parce qu’elle ne répond aucunement aux aspirations populaires. Le Conseil européen qui se réunit en fin de semaine doit en tirer toutes les conséquences. Le traité ultralibéral de Lisbonne ne peut être mis en œuvre dès lors qu’un pays le refuse. Ceux qui ont rédigé le traité avaient intégré cette disposition, il faut donc qu’elle soit appliquée. Imaginer des scénarios de contournement de ce vote constituerait un inadmissible coup de force. La sagesse, la démocratie, l’intérêt de l’Europe elle-même commandent donc de prendre acte du décès de ce traité, copie de la défunte constitution européenne et de stopper toute procédure de ratification dans les autres pays de l’Union. À partir de là, une nouvelle phase doit s’ouvrir pour l’Europe. Celle d’une bataille démocratique pour élaborer un nouveau traité. On ne peut construire l’Union européenne à marche forcée sans les peuples et contre eux. Ce qui est en cause n’est pas l’idée européenne mais la nature ultralibérale et antidémocratique de celle qu’ils nous imposent.
Le NON irlandais pose la seule question importante qui vaille : quelle Europe et comment ? La seule manière d’y répondre porte un nom : la démocratie.


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Publié dans Europe

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