Remaniement : Sarkozy fait appel à sa garde rapprochée

Publié le par jack palmer

Le chef de l’Etat renforce la part de ses plus fidèles au sein du gouvernement. Oublié le cinglant revers subi par la droite aux municipales ? Le remaniement semble davantage être un colmatage de la majorité UMP afin de poursuivre une politique pourtant largement rejetée.

R-formesFillon.jpgRespectant scrupuleusement la ligne annoncée par le président pendant l’entre-deux tours, ministres et conseillers de l’Elysée ont affiché leur unanimité dimanche à la clôture du scrutin.

Non, les municipales "ne sont pas le match retour de la présidentielle" et le sévère recul de la droite, illustré par la perte de Toulouse et Strasbourg ou la défaite du ministre de l’Education Xavier Darcos à Périgueux, ne constitue en aucun cas un "vote sanction". Oui, "il faut poursuivre les réformes plus loin, plus vite et plus fort".

Sourd aux appels de la gauche réclamant un changement de cap, le Premier ministre François Fillon a maintenu le cap officiel en jugeant "malvenu de tirer des leçons nationales" des scrutins municipaux et cantonaux, et en assurant que "la bataille pour l’emploi et le pouvoir d’achat doit s’accentuer".

Pressenti depuis des semaines, le remaniement issu des municipales ne concerne donc, outre le remplacement à l’Outre-mer du vainqueur de Nice Christian Estrosi, qu’une poignée de secrétaires d’Etat (six) qui viennent muscler l’équipe dirigée par François Fillon.

Annoncé mardi 18 mars peu avant 20 heures, cet ajustement intervient deux jours après le second tour des municipales et cantonales aux résultats très sévères pour la droite.

Avec ce remaniement sont nommés ceux que l’on peut qualifier de garde présidentielle rapprochée à l’instar de Luc Chatel, qui devient porte-parole du gouvernement à la place de Laurent Wauquiez, ce dernier étant promu à l’emploi.

Les deux porte-parole de l’UMP, Yves Jégo et Nadine Morano, très proches du Chef de l’Etat, entrent au         gouvernement, le premier à l’Outre-mer, où il remplace Christian Estrosi, et la seconde, à la famille.

Le sénateur-maire de Toulon, Hubert Falco, maire réélu de Toulon où Nicolas Sarkozy avait fait le déplacement entre les deux tours de l’élection municipale, est nommé secrétaire d’Etat à l’aménagement du territoire.

Anne-Marie Idrac, ancienne présidente de la SNCF devient secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, et Christian Blanc, ancien PDG de la RATP et d’Air France, secrétaire d’Etat chargé du développement de la « Région Capitale » pour reprendre le thème du « Grand Paris ».

Alain Marleix, 62 ans, spécialiste des questions électorales à l’UMP, passe des Anciens combattants au secrétariat d’Etat à l’Intérieur et aux collectivités territoriales, où il devrait notamment piloter le prochain redécoupage électoral législatif…

Il est remplacé aux anciens combattants par Jean-Marie Bockel, un des ministres « d’ouverture », ex-socialiste.

Le portefeuille de « l’économie numérique » est confié à un autre ministre d’ouverture, Eric Besson, qui conserve la « prospective et l’évaluation des politiques publiques ».

Les ministres battus aux municipales conservent comme annoncé leurs postes, notamment Xavier Darcos (Education), battu à Périgueux. Plusieurs ministres voient leurs attributions élargies.

Ainsi la ministre de l’Economie Christine Lagarde, jusque-là chargée des finances et de l’emploi se retrouve avec l’industrie et l’emploi.

Le ministre de l’Ecologie Jean-Louis Boorlo, récupère l’énergie.

Xavier Bertrand, ministre du Travail, la famille, et Bernard Laporte (Sports) la vie associative.

Hervé Novelli quitte le Commerce extérieur mais prend en charge l’Artisanat et le Tourisme.

La parole du chef de l’Etat sera désormais relayée par deux de ses plus proches collaborateurs, le secrétaire général Claude Guéant et le conseiller diplomatique Jean-David Lévitte.

Autre innovation, la création d’un pôle "politique" confié à l’ex-journaliste Catherine Pégard. "Le but est clairement d’améliorer les relations avec les parlementaires de l’UMP.

De quoi chercher à répondre aux inquiétudes de l’UMP, sonnée par sa défaite. Son vice-président Jean-Pierre Raffarin avait jugé lundi que le gouvernement devait "corriger le tir sur un certain nombre de points". Et le chef de son groupe à l’Assemblée, Jean-François Copé, avait réclamé que ses troupes soient "plus associées" aux réformes.

De son côté, le député UMP Renaud Dutreil avait estimé au contraire, lui, que les électeurs de droite ne s’étaient pas rendus aux urnes dimanche parce qu’ils ne se reconnaissaient pas dans les "réformettes" prises par le gouvernement.

"La gauche en réalité ne gagne pas sur le terrain des idées, elle gagne sur le terrain du rejet de la majorité actuelle (…) Il y a donc deux vaincus : un vaincu idéologique, la gauche, et un vaincu politique, la droite", avait conclu l’ancien ministre des PME.

Même son de cloche chez Jean-Claude Gaudin pour qui le gouvernement doit accélérer les réformes.

"Il faut accélérer les réformes promises. On perd trop de temps. C’est ce que les Français ont voulu dire", a estimé le vice-président de l’UMP qui s’est imposé de justesse dimanche dans la cité phocéenne.

Une chose est certaine, ce remaniement inscrit le gouvernement dans la continuité de la politique que les Français ont largement rejeté lors du scrutin et qu’ils jugent sévèrement dans toutes les enquêtes d’opinion.

Il ne fait aucun doute que le président de la République et son Premier ministre ont ainsi formè une équipe pour poursuivre et accélerer les "réformes" antisociales. Avec toutefois une légitimité populaire bien moindre qu’avant les élections cantoanles et municipales.

Pierre Chaillan


Publié dans On se parle

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